La gare Vaugirard est déserte. La dame SNCF du guichet est adorable, quand Romain et moi sommes arrivés 2 min après le départ du train pour l'Aigle en lui demandant à quelle heure était le suivant, elle nous a répondu de tête, et puis elle a regardé l'heure d'arrivée, les horaires des trains pour Bernay, et si par hasard le train de l'Aigle ne s'arrêtait pas à Sainte-Gauburge.
C'est tout petit Sainte-Gauburge, au moins 500 habitants, mais c'est à 10 min de chez mes parents et même des fois y'a des trains qui s'y arrêtent.
Comme on a 4 heures avant le prochain train, on sort prendre un café et appeler les parents. Le bar est tranquille, les fauteuils en osier sont confortables, mais 1 jus d'oranges fraiches, 1 café, 1 jambon-beurre, 1 autre café et 2 heures plus tard, j'ai des fourmis dans les jambes. J'ai pas de Anne Rice à lire moi, j'ai que mon portable qui a plus de batteries et d'un coup je me sens claustrophobe. Donc retour à la gare.
La dame du guichet nous demande en souriant quel train on va prendre finalement, elle répond au sketch qu'on improvise sur le thème de la carte 12-25. Vu qu'on est les seuls dans le hall, elle a le temps de s'occuper de nous et ça fait plaisir.
Après les billets, la question c'est où se poser pour tuer les 2 heures qu'il nous reste. On n'envisage le hall ni l'un ni l'autre. C'est difficile de ne pas être impatient dans un endroit fait pour attendre. Les quais c'est bien, n'importe quel monticule fera office de siège. Pas les escaliers de service, la pluie tombe dessus, pas les chariots à bagages que les roulettes rendent instables. Romain a un regard pour les bancs qui attendent d'être fixés dans le hall. Si on faisait ça à la lapienne, on auto-gestionnerait nos fesses et on installerait les bancs sur les quais. Ca m'amuserait de laisser en partant un mot pour les petites fourmis SNCF, leur suggerant de les fixer sur place parce que ça serait pratique.
Mais je sais bien que ça embêterait les fourmis plus qu'autre chose, je montre à Romain un container en beton dont la disposition est idéale.
La gare Vaugirard est déserte, quelques figurants s'y croisent de plus en plus régulièrement à mesure que l'heure avance.
Le temps est suspendu. Romain joue de la guitare, je suis allée demander quelques feuilles blanches à la madame SNCF. L'air est de plus en plus humide et frais. Pour être à l'aise sur notre container, j'ai enfilé un pantalon sous ma robe. Je fini par mettre aussi un T-Shirt sur mes bras nus et un pull par dessus. Ayé, je porte presque tous les vétements qui étaient dans mon sac. Pour être exhaustive, je pourrais mettre aussi les 3 paires de chaussettes et les 3 slips par dessus mon collant, mais ça serait pas utile, juste bizarre.
Expedition vers les toilettes, échange de monaie au guichet où jeune monsieur SNCF a remplacé gentille madame. Mais gentille madame est toujours là, dans le fond, et elle sourit toujours autant.
Le grand mirroir des toilettes me confirme que j'ai une drôle de dégaine. Mon jean, je l'ai adopté la semaine dernière, il était perdu dans une valise depuis Woodstock, c'est sur. Je l'ai aimé tout de suite avec ses tâches et ses accros. En bas, les jambes sont tellement larges qu'on voit plus du tout mes pieds. Un vrai pantalon pattes d'éléphant. Aujourd'hui ils font des pattes d'Elfes comme disent Djo et Solveig, c'est différent. Pour une fois j'apprecie de me sécher les mains sous l'air chaud, c'est difficile d'écrire avec des doigts glacés.
Romain a rangé la guitare et ressorti Anne Rice. Memnoch le démon, il fini la série des vampires, sauf qu'on a perdu Lestat, le meilleur.
Je pense à ce qui nous attend à Cisai. Les gens, plein de gens pour la fête, Solveig et Djo qui y sont depuis jeudi soir, et les parents forcements. Je pense à eux en tâche de fond depuis le début de la semaine, j'aimerais ne plus y penser. Je serre les dents parce que je suis émotive depuis quelques jours et qu'il vaudrait mieux que je n'ai pas l'occasion d'exploser.
Le temps passe différement dans une gare. Le train est à quai, on descent de notre cube de beton, il est temps de dormir un peu avant de monter sur scène.
# Par Eve, le mardi 29/07/2003 à 15h08 ~ rss ~ Catégorie : Récit

# Par rhj, le mercredi 17/08/2005 à 15h38