Ethnométhodologie

Depuis plusieurs semaines, mois peut-être, l'autre Romain m'appele régulièrement le mardi ou le mercredi soir pour me proposer d'aller au cours de son père le jeudi suivant. Le sujet du cours, éthnométhodologie, est assez énigmatique. Même après y avoir assisté, je dois avouer que j'ai pas tout à fait compris encore de quoi il retourne, en quoi ça se distingue de l'éthnologie ou de l'anthropologie. Il faut dire aussi que je n'ai pas lu beaucoup sur ces sujets spécifiquement. Mais je suis curieuse de tout ce qui touche aux sciences humaines. Et puis Romain était soupçonné par son père d'être un mauvais agent publicitaire, sa campagne pour amener des curieux à son cours n'ayant pas encore porté ses fruits.
De semaines en semaines, on a reporté le rendez-vous, pour cause de déménagement ou de vacances scolaires, mais aujourd'hui j'y étais. Je craignais d'être en retard, c'est chronique chez moi, la grève de RER n'arrangeait rien. Je voudrais remercier ici CC qui m'a préparé mon café, cite-futee.com qui m'a préparé mon itinéraire et http://idf.sncf.com/FR/ qui m'a rassurée. J'étais à l'heure, limite, mais à l'heure.

La quête de la salle de perdue. Déambuler dans le labyrinthe, bien lire les numéros des escaliers, parce qu'il y a des pièges. Le dongeon C est un cul de sac par exemple, donc pour se rendre de C34 en A34 il faut repasser par le rez-de-chaussé. Nous avons constaté que seules les dames du secrétariat donnent des indices, inutile d'interroger les autres joueurs.
A34 n'était qu'une étape, notre compagnie y a gagné un nouveau membre, une jeune pianiste ukrainienne. Un bon pactage et des joueurs complémentaires, y'a que ça de vrai. J'avais mon téléphone portable, Romain le numéro magique et la pianiste, étudiante légitime, connaissait le terrain. Nous avons donc retrouvé le sage dans un café au coin de la rue.

J'ai appris des choses à ce cours, même si c'est un peu en vrac. La pianiste a parlé du texte qu'elle est en train de rédiger sur le conservatoire de musique d'Odessa. Mmmm, conservatoire de musique d'Odessa est un pléonasme puisque les conservatoires ukrainiens n'enseignent pas la dance ou les arts dramatiques. Je me suis prise au jeu, j'aurais bien aimé qu'elle nous raconte tout de bout en bout, des journées de travail d'intêret général aux changements survenus après le putch. Faute de temps aujourd'hui j'irai à son concert dans une chapelle samedi prochain.
Je ne suis pas tout à fait sûre d'avoir bien compris, mais je veux quand même vous éclairer sur la différence entre l'éthnologie et l'éthnométhodologie avec mes mots. L'éthnométhodologie est basée sur la necessité de se reconnaitre en tant que membre du système pour en parler. A contrario, l'éthnologie a été initiée par des gens qui n'avaient pas toujours la connaissance du terrain. Les théoriciens ont généralisé à partir de récits de voyages. Certaines théories "tribales" du début du siècle sont maintenant fortement remises en question, et malheureusement on ne peut pas toujours revenir aux sources puisque certaines organisations sociales n'ont pas passé le millénaire.

Je fais ici une petite parenthèse sur la frustration que j'ai ressentie lorsque je me suis interessée au chamanisme en tant que fait de société :
Le chamanisme parce que j'aime la liaison entre la magie et la parole dans la mythologie nordique. La légende raconte qu'Odin a dû subir une initiation chamanique avant d'être autorisé à échanger un de ses yeux contre un regard dans le puit de la connaissance. C'est seulement après cette transe qu'il a transmis les rûnes aux hommes et qu'il est devenu le dieux des rois, des magiciens et des poètes. Un jour je raconterai plus en détail pourquoi c'est mon dieu favori tous panthéons confondus.
Le chaman, le sorcier, le grand prêtre, celui ou celle qui a accès aux plans metaphysiques et qui peut donc servir de guide à la communauté. Lorsque j'ai essayé d'aller plus loin, j'ai appris que ce rôle est attesté dans différentes sociétés ancestrales (comme le crâne) de l'amérique du nord à la laponie, mais que les sources de l'époques sont poluées par les idées préconçues et les généralisations hâtives.
En lisant cela, j'ai réalisé que je recherchais moi-même la confirmation d'une certaine idée du chamanisme que je m'étais forgée. Pas facile d'être éthnologue.

L'éthnométhodologie réfute donc la possibilité d'existence d'une éthnologie objective, et se consacre à des études de l'interieur. D'où, à mon sens, le lien avec la notion de témoignage. La recherche de l'autre étudiant légitime du cours, celui qui nous a rejoint alors que nous étions retourné en salle A34 depuis un bon moment, est un peu un contre-exemple. Il s'entretient avec un africain pour étudier les transformations qui ont induit et qui sont induites par son immigration. C'est pas très éthnométhodo-ordodoxe, mais sans doute très interessant.

Pour tout vous dire, je suis ravie d'être allée à ce cours. J'ai rencontré des gens interessants que je compte bien revoir, découvert un café-restaurant accueillant et enrichi mon vocabulaire de quelques concepts fertiles, mais je ne suis pas vraiment interessée pour creuser plus l'éthnométhodologie.
Depuis quelques temps je suis assoiffée de mathématique pure, science objectiviste s'il en est, et dans les sciences humaines il n'y a plus que la linguistique qui m'attire vraiment. J'ai suffisamment de curiosités pour remplir plusieurs vies, mais il faut savoir être raisonnable :)
 
 

Réactions 

# Par Lunar, le vendredi 14/05/2004 à 00h55

Ça me rappelle un peu les idées que développaient le groupe de l'Analyse Institunionnel de l'UFR sciences de l'éducation de Paris VIII : le seul moyen d'évaluer vraiment une structure pédagogique est d'en faire partie. Enfin, faut en recauser avec Bernard du LAP...

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