Les 400 expulsables

Tag d'une bouche béante prête à avaler des petits bonshommesVoilà, la machine judiciaire a tranché, les 400 couverts sont expulsables sans délais. Panique et réunionite aïgue pour ses habitant.e.s, et pour moi de gros gros remords.

Panneau sens interdit, "Aux flics et aux huissiers" écrit à la mainLa traverse des 400 couverts, c'est un peu Diagon Alley à Grenoble. Dès la première fois où j'ai passé le sens interdit aux flics et aux huissiers, j'ai adoré ce petit bout de rue.

Grenoble est bizarre, pas vraiment belle. On croirai que le grand architecte a cousu des chuttes d'urbanisme pour en faire un patchwork de ville dissonnante. Mais là où on s'y attend le moins, entre les grands boulevard de la gare et du centre-ville, des squat-heureuses ont construit une presque-île de poésie anarchique.

Je m'en veux, je n'ai pas osé la photographier lors de mon premier voyage. Y'a pas de belles photos, c'était mon excuse pour ne pas bloguer sur le sujet plus tôt. Maintenant c'est urgent, et j'ai beaucoup trop trainé. J'ai pourtant une petite récolte d'images à vous montrer. Certaines sont jolies, mais aucune ne rend vraiment justice au lieu, aux gens et à leur hactivisme.

Traverse des 400 couverts, vue diagonale

Chapitonom, cour interieure Au Chapitonom des 400 couverts, il y a une connection internet et des ordinateurs en accès libre, une zone de gratuité, un infokiosque, une très belle salle de concert.

Je ne connais pas beaucoup de squat, les Tanneries qui renouvellent leur bail avec la mairie de Dijon, et les quelques uns où j'ai été accueillie à Grenoble. Aux 400 je n'ai jamais dormi, je m'y suis connectée , j'y ai mangé et j'ai fait une nuit blanche-discussion. Et puis j'ai entendu un très chouette concert de Jazz-Manouche aussi. J'aimerais participer à d'autre chose encore, manger des pizzas sorties du four à pain et rencontrer toujours plus de gens.. Mais il y a cette hérésie, l'expulsion.

Cuillière géante et foulards, posés au soleil sur une table de jardin
Armée d'une grande cuillière dont j'étais tombée amoureuse, j'ai suivi le cortège pour l'audience au tribunal. Au moment où les portes se sont ouvertes, je me suis précipitée pour y être, pour comprendre. Nous remplissions la salle et le gros de la troupe était dehors.

Drôle d'ambiance. Une foule colorée tassée à trois par siège, pour faire tenir plus de monde, trois policiers devant chaque porte, plein d'avocats qui parlementent sur leurs affaires, l'architecture moderne, et au fond le juge assis, entouré de deux autres robes, éclairés par derrière par la lumière venant d'une fenêtre dans le plafond. Un bonnet rouge circule de genoux en genoux, il y a des cerises dedans. Merci les gentes du dehors, c'est dur de rester assis et de faire silence.

Vélos devant les TrompettesJe vois bien, le juge a un sourire sympathique par instants, mais sa sympathie n'est pas pour nous. La semaine précédente il a fait chasser des romanichels sans délais et là le droit est contre les habitant.e.s des 400. Il y a un projet immobilier, 30 logements, dont certains adaptés aux personnes agées et 3 logements sociaux. Les habitant.e.s ont squaté la traverse maison par maison au fur et à mesure que le collectif s'agrandissait, ils avaient promis de partir quand le projet serait prêt, et là il est prêt insiste l'avocat de la mairie, de grosses sommes sont en jeu.

Alors, l'avocat de la défence a beau lister les publications honorables dans lesquelles la traverse des 400 couverts est citée comme un espace d'expression artistique, lister les associations qui utilisent les ressources du lieu, lister les lettres amicales des voisins, ça ne pèse rien.
Vu la largeur des rues adjacentes, les riverains préfèrent garder ces urluberlus qui circulent à pied ou à vélo, mais qu'importe ?

Rendu le 8 juin, aujourd'hui : expulsion sans délai. Il y aura de la résistance, comme au parc Mistral.. J'hésite, j'aimerais y croire, j'ai pas envie que ces photos soient un épitaphe, j'aimerais que vous puissiez aller voir par vous-même demain ou dans un an.
Je me sens désemparée, en tant que citoyenne, devant la bêtise urbanistique et c'est le genre de procédure, juste dans la forme mais pas dans le fond, qui me donne envie de prendre les armes.

L'intersquat vaincra

Il manque plein de photos et quelques liens à cet article, et puis on me signale des imprecisions en régie. Je corrige tout ça ce soir demain.

 
 

Réactions 

# Par Emmanuel / galaxy, le lundi 13/06/2005 à 21h28

Et elles sont ou les places de parking prédécoupées ?

# Par Fafouine, le dimanche 26/06/2005 à 18h52

ouais ça craint du boudin ! du coup maintenant ya des gens qui sont partis et qui auraient pas du partir :'(

# Par les', le dimanche 28/08/2005 à 13h25

slt, c vraiment du grand nimporte quoi!!!!!!!! vous êtes où maintenant que je vous face un coucou

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